Avant de donner un nom
Conte rédigé par ChatGPT, sous la direction de Max Carrière.
Il était une fois un enfant qui ne connaissait le nom de rien.
Il voyait ce que les autres appelaient le ciel, mais pour lui ce n’était pas le ciel. C’était une immensité bleue qui changeait lentement de couleur, une profondeur sans fond où passaient parfois de grandes formes blanches.
Il voyait ce que les autres appelaient un arbre, mais pour lui ce n’était pas un arbre. C’était une créature immobile dont les bras frémissaient dans le vent, un être rugueux qui sortait de la terre pour rejoindre la lumière.
Il entendait ce que les autres appelaient un oiseau. Mais ce n’était pas encore un oiseau. C’était un éclat de mouvement, un battement dans l’air, quelques notes lancées depuis une branche invisible.
L’enfant ne savait pas ce qu’étaient les choses.
Alors il les regardait.
Longtemps.
Il pouvait rester assis devant une flaque jusqu’à ce que le soleil disparaisse. Il y observait un second monde, retourné sous ses pieds. Il voyait les nuages trembler lorsque le vent effleurait l’eau. Il tendait la main pour les toucher et les brisait en cercles de lumière.
Il n’avait pas de mot pour cela.
Il n’en avait pas besoin.
Un matin, sa mère s’assit près de lui. Elle lui montra l’immensité au-dessus de leurs têtes.
— Ciel, dit-elle.
L’enfant leva les yeux.
— Ciel, répéta-t-il.
Sa mère sourit. Elle lui montra la créature aux bras innombrables.
— Arbre.
— Arbre, répéta l’enfant.
Puis elle désigna ce qui courait dans l’herbe.
— Fourmi.
Ce qui brillait sur une feuille.
— Rosée.
Ce qui passait en chantant.
— Oiseau.
Ce qui réchauffait son visage.
— Soleil.
Chaque fois, l’enfant répétait. Chaque fois, sa mère souriait.
Alors il comprit que les choses avaient un nom et que les adultes semblaient très heureux lorsqu’il parvenait à le retrouver.
Il se mit à les apprendre.
Il apprit le nom des fleurs, des couleurs, des animaux et des saisons. Il apprit à distinguer le chêne du hêtre, le merle de la mésange, la brume du brouillard. Le monde, autrefois immense et confus, commença à s’ordonner.
Chaque mot était comme une petite boîte. L’enfant y déposait une chose et, sur la boîte, écrivait son nom.
Grâce aux mots, il pouvait appeler ce qui était absent. Il disait « rivière » et entendait de nouveau l’eau courir sur les pierres. Il disait « hiver » et sentait presque le froid rougir ses mains. Il disait « maman » et sa mère existait encore, même lorsqu’elle avait quitté la pièce.
Cela lui parut merveilleux.
Alors il voulut connaître tous les noms.
À l’école, on lui en enseigna beaucoup. Il apprit que l’oiseau était un animal vertébré appartenant à la classe des oiseaux. Il apprit que l’arbre puisait dans le sol de l’eau et des sels minéraux. Il apprit que le ciel n’était pas vraiment bleu, que le soleil était une étoile et que la flaque ne contenait aucun autre monde.
Ce n’était qu’un reflet.
L’enfant grandit. Il apprit des mots de plus en plus longs.
Photosynthèse.
Réfraction.
Gravitation.
Conscience.
Il aimait ces mots. Ils lui permettaient de relier les choses entre elles et de comprendre ce qui, auparavant, lui échappait. Lorsqu’un phénomène le surprenait, il cherchait son nom. Dès qu’il l’avait trouvé, le phénomène semblait moins étrange.
Un soir, il aperçut une lumière danser au-dessus des marais. Pendant un instant, il resta immobile. Puis il sortit son téléphone, chercha quelques secondes et déclara :
— C’est un feu follet.
Rassuré, il rangea l’appareil et reprit sa route.
Il ne regarda pas la lumière disparaître.
Les années passèrent. L’enfant devint un homme qui connaissait le nom de presque tout.
Il pouvait expliquer pourquoi les feuilles changeaient de couleur, pourquoi les étoiles semblaient trembler et pourquoi certains souvenirs faisaient battre le cœur plus vite. Lorsqu’il marchait dans la forêt, il reconnaissait les espèces. Lorsqu’il levait les yeux, il identifiait les constellations. Lorsqu’une émotion le traversait, il savait la classer.
Peur. Joie. Colère. Nostalgie.
Il avait donné un nom au monde entier.
Pourtant, quelque chose avait disparu.
Il ne savait pas exactement quoi. Le ciel était toujours au-dessus de lui. Les arbres agitaient toujours leurs branches. Les oiseaux chantaient encore. Mais rien ne semblait aussi proche qu’autrefois.
Entre les choses et lui, il y avait désormais leurs noms.
Quand il regardait une fleur, il reconnaissait une fleur. Quand il regardait un arbre, il reconnaissait un arbre. Quand il regardait le ciel, il reconnaissait le ciel.
Il ne les voyait presque plus.
Un jour, sa mère mourut.
L’homme connaissait le nom de ce qui lui arrivait.
Le deuil.
Il en connaissait les étapes, les symptômes, les mécanismes. Il savait que la douleur s’atténuerait. Il savait que le temps accomplirait son travail.
Il savait tout cela.
Mais aucun de ces mots ne contenait l’absence de sa mère. Aucun ne disait le silence de sa maison. Aucun ne disait sa main, désormais introuvable, lorsqu’elle désignait autrefois le ciel.
Alors, pour la première fois depuis longtemps, l’homme rencontra quelque chose qu’il ne pouvait enfermer dans une boîte.
Il partit marcher. Sans savoir où il allait, il suivit un chemin qui traversait les champs, longeait une rivière et montait vers une forêt. Au bout de plusieurs heures, il arriva devant un arbre immense.
Il en reconnut l’espèce. Il estima son âge. Il observa la forme de ses feuilles. Puis, trop fatigué pour continuer, il s’assit contre le tronc.
La nuit tomba.
L’homme regarda le ciel s’assombrir entre les branches. Il pensa d’abord :
Crépuscule.
Puis :
Rotation de la Terre.
Puis :
Diffusion de la lumière.
Mais les mots se fatiguèrent avant lui.
Peu à peu, ils se turent.
Il resta là.
Une première étoile apparut. L’homme connaissait son nom, mais il ne le prononça pas. Une autre apparut, puis une autre. Il ne chercha pas à savoir à quelle constellation elles appartenaient.
Pour la première fois depuis son enfance, il ne demanda pas ce qu’il regardait.
Alors quelque chose changea.
La nuit cessa d’être la nuit. L’arbre cessa d’être un arbre. Le vent ne fut plus du vent.
Il y eut seulement le mouvement des branches, le froid sur son visage et des milliers de lumières dans une profondeur sans fond.
Le monde sortait lentement de ses boîtes.
L’homme tendit la main vers le ciel. Il ne pouvait rien saisir. Et pourtant, rien ne lui avait semblé si proche.
Des larmes coulèrent sur ses joues. Il aurait pu leur donner un nom : tristesse, émerveillement, souvenir, amour.
Aucun n’aurait été faux.
Aucun n’aurait été vrai tout à fait.
Alors il ne choisit pas.
Il pleura simplement.
Au matin, il reprit le chemin de sa maison.
Il n’avait pas oublié les mots. Il appelait toujours un arbre un arbre, un oiseau un oiseau et le ciel le ciel. Il savait qu’il aurait besoin d’eux pour penser, pour transmettre, pour appeler ceux qu’il aimait.
Mais il avait compris que connaître le nom d’une chose ne signifiait pas connaître la chose.
Les mots ne contenaient pas le monde.
Ils indiquaient seulement où regarder.
Dès lors, chaque fois qu’il découvrait quelque chose, l’homme commençait par se taire.
Avant de demander ce que c’était.
Avant de chercher à quoi cela servait.
Avant de vouloir comprendre.
Il accordait au monde quelques secondes d’existence.
Avant de lui donner un nom.