Nous ne voulons plus d’un monde où l’on travaille pour consommer, et où l’on consomme pour oublier qu’on travaille.

Nous ne voulons plus que chaque heure gagnée par les machines nous soit rendue en marchandises plutôt qu’en temps. En 1930, au rythme où progressait la productivité, Keynes promettait à ses petits-enfants la semaine de quinze heures. Nous sommes ces petits-enfants. La productivité a tenu parole. Le reste, non.

Nous ne voulons plus que nos désirs soient fabriqués par des industries dont c’est le métier. Que des milliards soient dépensés chaque année pour nous persuader qu’il nous manque quelque chose. Que l’on transforme nos envies en besoins, nos besoins en dettes, et nos dettes en obligation de travailler davantage.

Nous ne voulons plus confondre confort et bonheur. Il a suffi d’inventer l’eau chaude pour que l’eau froide devienne insupportable. Chaque plaisir acquis devient une norme, chaque norme une dépendance. Nous ne voulons plus d’une économie qui fonctionne comme une drogue.

Nous ne voulons plus d’objets conçus pour tomber en panne, d’écrans conçus pour capter notre attention, d’applications conçues pour qu’on ne puisse plus les quitter.

Nous ne voulons plus que la valeur d’une vie se mesure à ce qu’elle produit, ni que la question « que fais-tu dans la vie ? » attende un métier pour toute réponse.

Nous ne voulons plus d’une fatigue qui empêche de penser. Tant qu’un être humain est prisonnier de son travail, il ne peut pas ouvrir les yeux. Ce n’est pas qu’il ne veut pas : il ne peut pas. Nous ne voulons plus que l’épuisement soit la meilleure protection du système.

Nous ne voulons plus consumer en quelques générations ce que la Terre a mis des millions d’années à constituer. Nous ne voulons plus détruire le monde de nos enfants pour financer des plaisirs que nous n’avons même pas le temps de goûter.

Nous ne voulons plus que les richesses se concentrent entre quelques mains, pendant que les autres courent pour rester à la même place. Nous ne voulons plus qu’une poignée d’entreprises possède les machines qui apprennent à penser, et décide seule de ce qu’elles feront de nous.

Nous ne voulons plus qu’on nous dise que c’est ainsi, que c’est la nature humaine, qu’il n’y a pas d’alternative. Ce monde n’est pas une loi de la nature. C’est un récit. Il a été écrit. Il peut être réécrit.

Nous ne voulons pas pour autant revenir en arrière. Nous ne voulons renoncer ni aux antibiotiques, ni au chauffage, ni à rien de ce que l’intelligence humaine a conquis contre la faim, le froid et la maladie. Nous ne voulons pas non plus remplacer un système par un autre qui nous enfermerait à son tour. L’Histoire a connu trop de révolutions devenues des prisons.

Nous savons ce que nous ne voulons plus.

C’est déjà beaucoup. C’est aussi le plus facile.

Reste la question qu’aucun texte ne devrait pouvoir trancher seul.

Maintenant, que voulons-nous ?

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